Hollywood découvre le Shanhaijing (en quelque sorte)
Hollywood a passé des décennies à exploiter la mythologie grecque, nordique et égyptienne pour créer des blockbusters. La mythologie chinoise — l'un des systèmes mythologiques les plus riches et complexes sur Terre — a été largement ignorée jusqu'à récemment. Lorsque les studios occidentaux ont enfin tourné leur attention vers l'est, les résultats allaient d'adaptations respectueuses à des mélanges culturels embarrassants qui faisaient grimacer le public chinois.
Le Shanhaijing (山海经 Shānhǎi Jīng) à lui seul contient suffisamment de matériel pour cent films : des dragons cosmiques, des renards changeurs de forme, des géants qui chassent le soleil, des montagnes qui marchent, et un système de palais sous-marins plus élaboré que tout ce qu'Atlantis a jamais offert. Alors pourquoi Hollywood a-t-il du mal à bien faire les choses ?
Mulan : La pionnière
Le Mulan animé de Disney sorti en 1998 a été le premier grand film hollywoodien à s'inspirer principalement de matériel source chinois. L'histoire de Hua Mulan (花木兰 Huā Mùlán) — une femme qui se déguise en homme pour prendre la place de son père dans l'armée — provient de la Ballade de Mulan, un poème folklorique datant de la dynastie Wei du Nord (386–534 de notre ère).
La version animée a ajouté un dragon parlant nommé Mushu, des criquets toutous, et des numéros musicaux. Aucun de ces éléments n'existe dans la légende originale. Les réactions du public chinois ont été mitigées : l'histoire était familière, mais l'exécution semblait distinctement américaine. Le dragon Mushu, en particulier, ne ressemblait en rien au majestueux long (龙 lóng) de la mythologie chinoise. Il était plutôt un lézard blagueur, dans la tradition d'Eddie Murphy, ce qui équivaut à transformer Zeus en un humoriste de stand-up. Vous pourriez également apprécier Le Code de Jianghu : règles non écrites du monde martial.
Le remake en live action de 2020 a tenté de corriger le tir en retirant Mushu et en ajoutant un esprit de phénix, faisant référence au Fenghuang (凤凰 fènghuáng). Le résultat a été plus respectueux culturellement mais aussi plus narrativement confus : le film a essayé d'incorporer le concept de qi (气 qì) en tant que système de pouvoir surnaturel sans vraiment expliquer ce que signifie le qi dans la tradition philosophique chinoise.
Kung Fu Panda : Un bon accident
Ironiquement, l'une des adaptations hollywoodiennes les plus réussies de la culture chinoise n'était pas basée sur un mythe spécifique. Kung Fu Panda (2008) a emprunté généreusement des concepts philosophiques chinois — le Dragon Scroll, le concept de Guerrier Dragon (龙武士 Lóng Wǔshì), l'idée qu'il n'y a pas d'ingrédient secret — et les a enveloppés dans une histoire que le public chinois a largement adoptée.
Le film a réussi parce qu'il a respecté la philosophie sous-jacente plutôt que de traiter la culture chinoise comme un costume à draper sur une intrigue occidentale standard. Lorsque Po ouvre le Dragon Scroll et ne voit que son propre reflet, il fait l'expérience d'un véritable aperçu du bouddhisme Chan (禅宗 Chánzōng) : le trésor que vous cherchez est déjà en vous. Ce n'est pas une invention hollywoodienne. C'est un enseignement vieux de deux mille ans.
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