La Définition du Xia
Le caractère 侠 (xiá) est trompeusement simple — il ressemble à un simple caractère chinois parmi d’autres, mais il porte deux mille ans de poids culturel. Un 侠 n’est pas simplement un artiste martial. Chaque secte produit des combattants. Chaque salle d’entraînement produit des gens capables de manier une épée avec compétence. Mais devenir un 侠 requiert quelque chose au-delà de la compétence physique : un engagement moral à utiliser cette compétence pour les autres plutôt que pour soi-même.
La distinction est ancienne. Sima Qian (司马迁 Sīmǎ Qiān) l’a explicitement tracée dans ses Mémoires historiques (Shǐjì 史记) vers 94 av. J.-C. : les chevaliers errants (游侠 yóuxiá) qu’il décrivait n’étaient pas simplement des hommes coriaces. C’étaient des hommes qui mettaient leur force au service des faibles, respectaient leurs promesses et résistaient à la corruption des institutions. Un bandit qui tue pour le profit est un criminel. Un bandit qui tue des fonctionnaires corrompus pour protéger les paysans est un 侠. Même jeu de compétences. But différent.
Les Trois Exigences
Capacité Martiale (武 wǔ)
On ne peut pas être un 侠 sans capacité de combat. Cela semble évident, mais il vaut la peine de le souligner puisque le genre s’appelle 武侠 (wǔxiá) — « héros martiaux » — et la dimension martiale est incontournable.
Mais notez que le genre ne s’appelle pas 武强 (wǔqiáng, « force martiale ») ni 武术 (wǔshù, « technique martiale »). L’accent est mis sur 侠, pas sur 武. La compétence est la condition nécessaire. Le caractère est la condition suffisante. Un grand maître doté d’une énergie interne suprême (内功 nèigōng) qui l’utilise pour des motifs égoïstes n’est pas un 侠 — c’est une personne très dangereuse. Un épéiste moyen qui risquerait sa vie pour protéger des étrangers mérite le titre.
C’est pourquoi certains des personnages les plus vénérés de la fiction wuxia ne sont pas les combattants les plus puissants. Guo Jing (郭靖) dans La Légende des héros du condor n’est pas, pendant la majeure partie du roman, l’artiste martial le plus fort dans la pièce. Il est constamment surpassé par les Cinq Grands, par Ouyang Feng, par Huang Yaoshi. Ce qui fait de lui un 大侠 (dàxiá, « grand héros »), c’est qu’il se bat quand même — pour les bonnes raisons, contre les bons ennemis, à un coût personnel énorme.
Justice (义 yì)
义 est la composante active de l’héroïsme. Cela signifie agir selon un principe moral même lorsque c’est dangereux, impopulaire ou coûteux personnellement.
Dans le jianghu (江湖 jiānghú), 义 se manifeste par un ensemble de comportements attendus : tenir ses promesses, rembourser ses dettes de gratitude, protéger les innocents, venger l’injustice. Mais les expressions véritablement héroïques de 义 vont au-delà de ces attentes basiques. Le 侠 qui parcourt mille kilomètres pour sauver un étranger. Le 侠 qui refuse de tuer un ennemi qui s’est rendu, même si cet ennemi reviendra certainement causer des troubles. Le 侠 qui renonce à son bonheur personnel parce que le devoir l’exige.
Ce qui différencie 义 du simple respect des règles, c’est son coût. N’importe qui peut être juste quand c’est facile. Le 侠 est juste quand cela fait mal.
Compassion (仁 rén)
Confucius plaçait 仁 (rén, « bienveillance » ou « compassion ») au centre de son système éthique, et la fiction wuxia a pleinement absorbé cette emphase. Un 侠 ne se bat pas seulement contre le mal