Le Jianghu : Un monde au-delà de l'ordinaire
Dans la culture chinoise, le terme Jianghu (江湖) évoque des images d'un royaume mystérieux, presque mythique, où les artistes martiaux errent—souvent en dehors des limites de la société conventionnelle. Ce monde des "rivières et lacs" n'est pas seulement un espace physique mais un paysage social rempli d'épéistes errants, de sectes secrètes, de héros chevaleresques et d'allégeances complexes. Le Jianghu est le cadre de maintes histoires de wuxia (武侠), un genre de fiction littéraire et cinématographique chinoise axé sur les arts martiaux, l'aventure et l'honneur.
Au cœur du Jianghu se trouve un code éthique unique : le Code du Jianghu. Cet ensemble informel mais rigoureusement observé de règles non écrites régit le comportement des artistes martiaux, combinant loyauté, droiture, respect et un engagement inflexible envers l'honneur.
Qu'est-ce que le Code du Jianghu ?
Le Code du Jianghu n'est pas un système juridique appliqué par un gouvernement ou une institution officielle. Au contraire, c'est une amalgamation d'idéaux moraux auxquels adhèrent les artistes martiaux au sein de la société du Jianghu. Pensez-y comme à un ancien code chevaleresque semblable aux chevaliers médiévaux d'Europe, mais imprégné de valeurs chinoises distinctes telles que la loyauté (忠, zhong), la droiture (义, yi) et l'humilité (谦逊, qianxun).
Le code souligne :
- L'honneur parmi les combattants : Les artistes martiaux sont censés se battre de manière équitable et respecter leurs adversaires, valorisant l'habileté et l'esprit plutôt que la brutalité ou la tromperie. - Justice et droiture : De nombreux protagonistes des histoires de wuxia agissent en tant que justiciers ou champions des opprimés, s'opposant aux fonctionnaires corrompus ou aux tyrans. - Loyauté envers les sectes et les amis : La loyauté est primordiale, que ce soit envers son école d'arts martiaux (门派, menpai) ou envers ses proches compagnons. - Respect de la hiérarchie et des aînés : Même les héros errants montrent du respect envers les maîtres et les figures seniors au sein du Jianghu. - Intégrité personnelle : Les personnages héroïques se plaisent à tenir leurs promesses et à protéger leur honneur avant tout gain personnel.Racines historiques et développement littéraire
Le Code du Jianghu tire son inspiration des philosophies confucéenne et taoïste, prédominantes durant les dynasties Tang (618–907) et Song (960–1279), mais il s'exprime de manière plus vivante dans la tradition littéraire wuxia qui a prospéré au 20ème siècle.
Un des premiers influenceurs fut Jin Yong (金庸), peut-être le plus célèbre romancier de wuxia de la Chine moderne. Ses œuvres des années 1950 aux années 1970, telles que La Légende des héros condor (射雕英雄传, 1957) et Le Retour des héros condor (神雕侠侣, 1959), ont popularisé le Code du Jianghu pour de nouvelles générations. Les personnages de Jin Yong sont confrontés à des dilemmes moraux, équilibrant émotions personnelles et exigences d'honneur et de loyauté.
Un autre écrivain célébré, Gu Long (古龙), offrait une vision plus cynique et parfois ambiguë du Jianghu, défiant les lecteurs à réfléchir de manière critique sur la nature de l'honneur et de la tromperie.
Une anecdote : Le duel entre héros
Un exemple célèbre illustrant le Code du Jianghu provient de Errant, fier errant (笑傲江湖, 1967) de Jin Yong, où deux mart...