Le confucianisme et le taoïsme dans le Wuxia : Le cœur philosophique de la fiction martial

Deux chemins à travers le Jianghu

Chaque conflit significatif dans la fiction wuxia — et la plupart des conflits triviaux aussi — peut être retracé à une tension entre deux traditions philosophiques qui ont façonné la civilisation chinoise pendant plus de deux mille ans : le confucianisme (儒家 Rújiā) et le taoïsme (道家 Dàojiā).

Le chemin confucéen dit : suivez les règles, honorez vos aînés, accomplissez vos devoirs sociaux, servez la société avant vous-même. Le chemin taoïste dit : suivez la nature, rejetez la hiérarchie artificielle, trouvez votre propre voie, soyez libre.

Le jianghu (江湖 jiānghú) est l'arène où ces deux chemins entrent en collision, et cette collision produit tout ce qui mérite d'être lu dans le genre.

Le héros confucéen : Le devoir avant tout

Guo Jing (郭靖) de Les Légendes des héros condor (射雕英雄传) de Jin Yong (金庸) est le héros confucéen le plus pur de la fiction wuxia. Il est obéissant envers ses enseignants, fidèle envers ses amis, respectueux de ses promesses et dévoué à la défense de son pays. Il ne remet pas en question l'ordre social. Il remplit son rôle au sein de celui-ci — d'abord en tant que fils filial (孝 xiào), puis en tant qu'ami loyal (义 yì), ensuite en tant que défenseur patriote de la dynastie Song.

Les valeurs confucéennes de Guo Jing ne sont jamais présentées comme faciles. Défendre Xiangyang contre l'invasion mongole lui coûte tout — sécurité, confort et finalement sa vie (dans l'histoire de fond de la suite). Mais il ne vacille jamais, car la vertu confucéenne n'est pas synonyme de bonheur. Elle concerne la justesse. Faire ce qui est juste indépendamment du coût personnel.

Le Temple Shaolin (少林寺 Shàolín Sì) incarne des valeurs proches du confucianisme au sein du jianghu : hiérarchie, discipline, fidélité institutionnelle, respect de la lignée et de la tradition. Un moine shaolin suit des règles. Il obéit à son abbé. Il maintient l'honneur du temple au-dessus du désir personnel. Les 72 compétences uniques (七十二绝技) sont enseignées dans un ordre strict selon l'ancienneté — vous ne devancez pas, vous n'improvisez pas, vous ne remettez pas en question l'ordre.

Ce qui rend cela convaincant plutôt que ennuyeux, c'est que Jin Yong est honnête sur les coûts. La vertu confucéenne dans le jianghu produit des héros — mais elle produit aussi des hiérarchies rigides qui punissent l'innovation, des cultures institutionnelles qui priorisent la réputation sur la justice, et un système social où la conscience individuelle est subordonnée à l'obligation collective.

Yue Buqun (岳不群) dans Le Vagabond souriant et fier est le point ultime de l'hypocrisie confucéenne : un leader de secte qui exécute toutes les vertus parfaitement tout en étant complètement pourri à l'intérieur. Sa courtoisie est impeccable. Sa rhétorique sur la droiture est irréprochable. Et il tue ses propres disciples, vole une technique interdite et se mutile dans la quête du pouvoir. La surface confucéenne dissimule un intérieur machiavélique.

Le héros taoïste : La liberté avant tout

Si Guo Jing est l'idéal confucéen, Linghu Chong (令狐冲) est la réponse taoïste. Il boit quand il veut, dort où il tombe, se lie d'amitié avec qui il veut, indépendamment de l'affiliation sectaire, et traite l'élaborée hiérarchie du jianghu avec un mépris joyeux.

Le martial de Linghu Chong...

À propos de l'auteur

Expert en Wuxia \u2014 Chercheur spécialisé dans la fiction wuxia chinoise.

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